Une envie frênaietique


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Soirée de fermeture de La Frênaie

Aujourd’hui, c’est samedi ! Vincent qui nous avait accompagnées au tout début de notre itinérance a décidé de nous rejoindre chez Marie-Laure et nous embarquons tous les quatre vers Arçays, à une heure de route. Nous avons ouï dire que La Frênaie fêtait la fermeture de son camping. La Frênaie ? Mais si ! C’est l’association poitevine spécialisée dans la fabrication de yourte, cet habitat léger inspiré des tentes mongoles ! Pendant notre passage aux Péranches, Guillaume nous a souvent parlé de ce lieu, et pour cause,  il y a travaillé et vécu 10 ans. Si l’on peut simplement passer commande d’une yourte à La Frênaie (entre 5 000 et 10 000€), il n’est pas rare que les clients prennent part à la fabrication de leur habitat dans leurs ateliers (environ 3 500€). Ils ont donp1000312c investi un camping municipal, qui accueille les fabricants, des réunions de famille, des campeurs, des vacanciers venus goûter à l’habitat insolite, et… des jeunes en vacances, des classes ! Cela fait écho aux aspirations de Julie pour qui l’immersion, le temps d’un court-séjour, est un moment privilégié pour sensibiliser les jeunes comme les moins jeunes au développement durable. Dans les différents temps de la vie quotidienne, qui nous semblent anodins, se cachent mille et une occasions de faire de l’éducation à l’environnement… mais pas que. Le vivre ensemble est aussi riche d’expérience dans la répartition des tâches, l’organisation de la vie en collectivité et l’implication de chacun-e. Un camping ! Comment n’y avons-nous pas pensé plus tôt !Après un passage devant leurs ateliers où il n’y avait personne – Allô Guillaume! Où es-tu?-, nous arrivons à Arçays ! Cette fermeture s’avère l’un des temps forts du site, puisqu’elle accueille pour l’occasion tous les professionnels, amis et amateurs de yourtes… Nous espérons grandement en apprendre davantage sur cette association pionnière dans l’habitat léger. Il est vrai aussi que plus nous échangeons avec Guillaume, plus il nous semble que décider de vivre dans une yourte et participer à sa fabrication est une aventure humaine, riche de rencontres et de partage. Cela  donne même des idées à Vincent !

Après avoir dépassé une descente de barque touristique – nous sommes en plein coeur des Marais Poitevins – et traversé un petit gué, nous découvrons enfin des caravanes et des yourtes.

Dans les allées d’un éco camping…

Nous explorons ce site qui s’organise autour d’un équipement sommaire et d’une gestion limitant l’empreinte humaine : tri sélectif, compost, toilettes sèches, habitat léger à faible empreinte écologique, maintien et protection de la biodiversité, jardin participatif, fabrication des produits de nettoyage écologiques, bac de récupération des eaux de pluie,…. Choisir de venir passer ses vacances à La Frênaie semble un acte écocitoyen porteur de sens. Entre petites et grandes yourtes, « yourte scène » mais aussi four solaire et salons de jardin en palettes, nous prenons le temps de découvrir, d’observer, de comprendre… et de rêver ! Il semble que nous soyons aux antipodes de la p1000314course aux cinq étoiles des campings modernes. Pas de superflu, que de l’essentiel et du raisonné pour mieux vivre ensemble. Et cela nous inspire beaucoup pour l’écolieu à Chinon !

Le camping, c’est la structure d’accueil, un ERP -Établissement Recevant du Public- qui totalise 60 couchages et dont le projet d’accueil concerne des groupes en séjour du 1er mai au 10 octobre. Durant ces 6 mois, le camping est un lieu de vacances et un centre de découverte et d’éducation à l’environnement. C’est aussi un espace de vie, de rencontres, d’expérimentation, un peu à l’image d’un village. Le reste de l’année, les eaux des Marais reprennent leur droit… Au hasard des allées nous découvrons des carrés potagers, un four solaire mobile, des hôtels à insectes, des mises en place ludiques pour découvrir les strates du sol, p1000316
un village de mini yourtes pour les enfants, un tableau de description de la faune environnante et… nous rencontrons Chloé ! C’est la vue au loin de sa tiny-house ou cabane à roulettes ou roulotte moteur – comme vous voulez ! – qui a attiré Marie-Laure, telle un papillon par le soleil couchant. La cabane est en fait construite sur le plateau d’un camion et ne peut se désolidariser de la cabine de pilotage. Chloé*, c’est une artiste-voyageuse qui se déplace avec sa maison et son outil de travail « l’instrumentarium ». Un pan de sa cabane est amovible, afin notamment de l’utiliser en guise de scène pour son solo conté-chanté  » Soupe et chansons au caillou ». Elle arpente les fêtes de villages, les goûters d’anniversaires, les scènes de rue… et s’invite même chez vous ! Et parce que le monde est tout petit, Chloé s’est déjà produite chez une amie de Marie-Laure ! N’hésitez pas à aller faire un tour sur sa plateforme participative pour découvrir et soutenir son projet ! Et tant qu’à faire… Invitez-là chez vous !

Chaud devant !

Au fond du camping, il y a de l’animation ! Un four est en marche pour le barbecue, peut-être… Eh bien non ! Figurez-vous que ce soir au menu c’est poteries sur braises ! Le céramiste a apporté ses propres créations et ses seaux de couleurs, mais il va également p1000320mettre au four les productions des wwoofers** de la Frênaie, ce sera leur cadeau de départ ! Le four a été construit cet été en un week-end : une chape de béton pour les fondations, une structure en briques puis une couverture en torchis (terre-paille) ! Trois jours de travail pour permettre une cuisson raku – méthode japonaise- de la poterie puis de la céramique. Le foyer est ventilé à l’aide d’une hotte de cuisine, les braises ardentes atteignent une température qui avoisine les 800°C. Par aspiration, les flammes sont dirigées vers un étage supérieur où les poteries ont été préalablement déposées et confinées.p1000325

Quel spectacle de voir cet artisan à l’oeuvre défourner les poteries
encore incandescentes pour les plonger dans la sciure. C’est le carbone qui va stopper la cuisson des couleurs et créer une réaction chimique… Elles se transforment au gré de la chaleur puis du temps passé au contact de la sciure. Ses explications sont également très intéressantes et inspirantes… Et si on faisait venir un potier à l’écolieu ? Accueillir des artisans, leur donner un espace et un cadre de travail, cela concourrait sûrement à dynamiser la vie quotidienne du site ! Julie a entendu parler d’un artiste dans le Faubourg-Saint-Jacques qui répond au prénom de Jean-Yves. Si tu nous lis Jean-Yves, qu’en penses-tu ? Après la magie du feu, allons réchauffer nos estomacs avec la magie des plateaux repas préparés spécialement pour l’occasion. Ce sera le moment d’engager la conversation avec les acteurs de La Frênaie, car nous souhaitons en savoir plus sur leur histoire, leur fonctionnement et leurs projets !

Petite histoire, bientôt 10 ans

Tout commence en 2007 par la rencontre de 5 jeunes motivés par la mutualisation de leurs compétences et la création d’une
entreprise coopérative tournée vers l’écologie pratique. Les grandes lignes directrices sont la création d’un atelier de fabrication et d’accompagnement à l’auto-construction de yourtes et la gestion d’une structure d’hébergement sous yourtes, associée à un pôle
p1000353d’éducation à l’environnement sur le territoire du Marais Poitevin. Dès le départ, une direction horizontale et collégiale est privilégiée avec l’envie de tester l’autogestion sous un statut de société. Leur objectif est d’élaborer un fonctionnement égalitaire et non hiérarchique avec un partage des tâches, une polyvalence, des salaires égaux et des temps partiels pour favoriser le temps personnel, un pouvoir de décision égal pour chaque travailleur, et non en fonction de l’actionnariat au capital, associé à une forte responsabilisation de chacun dans l’organisation des temps de réunion. Au coeur du projet donc, la volonté d’expérimenter un fonctionnement tourné vers l’humain et les besoins de chacun, à l’opposé d’un système aliénant où l’argent et les bénéfices guident les actes. La Frênaie, c’est avant tout une expérience humaine qui engage à la solidarité, à l’écologie du quotidien, au militantisme et à l’attachement au territoire. L’égalité, sans chef, avec un partage des responsabilités et un accent mis sur l’être plutôt que sur l’avoir !

Saviez-vous que la Frênaie est également membre du réseau REPAS*** et accueille des compagnons ?

En mode interview

Nous passons à table avec Guillaume, qui revient sur les moyens mobilisés pour développer le projet. Projet subventionné à hauteur de 50 000€, les deux sites sont en location avec d’une part l’atelier et d’autre part le camping qui appartient à la commune assorti d’un bail emphytéotique. Toutes les yourtes sont démontées l’hiver. Guillaume a poursuivi son chemin comme s’apprête à le faire Joseph, l’un des autres fondateurs. Depuis 2007, d’autres forces vives ont rejoint l’aventure et un roulement se créé. Et vu le carnet de commande – 20 à 30 yourtes par an-, l’aventure n’est pas prête de s’arrêter…p1000349
C’est ensuite Valentin que nous rencontrons et qui se joint à notre table pour nous faire partager son expérience au sein de la Frênaie. Titulaire d’un BTS Gestion et Protection de la Nature, il était batelier dans le marais et connaissait déjà l’équipe d’animation. Il a ensuite postulé pour intégrer l’association et cela fait maintenant quatre ans qu’il est salarié. Il est arrivé en 2012 au moment où une réflexion est entamée autour d’un groupement en SCOP. Valentin travaille 4 mois à temps plein sur l’année.

A notre gauche, c’est Estelle qui s’installe. Elle a rejoint l’équipe il y a 8 ans. Des besoins se sont vite fait sentir au niveau de l’animation. Elle n’avait pas de diplôme spécifique sur l’animation nature ou l’éducation à l’environnement, mais s’est formée sur le tas. Les écoles appellent d’ailleurs dès la rentrée pour réserver leur séjour de fin d’année. La structure accueille tout type de public et particulièrement les classes des Deux-Sèvres, de Charente-Maritime et de Vendée.

Quels sont les futurs projets ? L’achat d’un atelier à La Grève-sur-Mignon afin d’être propriétaires et un « emploi tremplin » environnement animateur nature. Des travaux sont aussi en cours sur le camping autour des sanitaires et de la cuisine, avec un autre projet pédagogique : recruter un cuisinier animateur et sensibiliser les jeunes par des menus locaux. Jusqu’ici, les classes sont autonomes. Soit elles viennent avec leur cuisinier, soit ce sont les enseignants qui enfilent la toque – pour des raisons principalement budgétaires. Cette dernière option ne sera peut-être plus possible… La Frênaie a rendez-vous avec la direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (Rien que ça!) pour tenter de trouver un compromis. Contourner les normes sanitaires, qui plombent les possibilités de découverte, avec un projet pédagogique autour de la sensibilisation aux aliments frais, locaux et peut-être bio… Quelle bonne idée, vous ne trouvez pas ?

Et pendant ce temps, les groupes se succèdent sur la scène. Après un set reggae, les Crieurs de Rue proposent des lectures de texte et des criées. Nous partons juste avant que le bal folk, animé par les Tournes-Bourrique, commence… Ce qui est chouette avec les yourtes c’est qu’elles peuvent s’adapter à tous les besoins. La frênaie est souvent sollicitée pour une extension d’école ou de bureaux en remplacement des algécos, et ce soir une piste de danse sous la pleine lune… A nous de jouer !

*Chloé « soupes et chansons au caillou »

Mochiladora ouvre des chemins de chansons et de contes jusqu’ au temps premier de la parole. C’est une parole simple, vibrante, une parole nomade. Elle prend par la main et  dévoile doucement des visages, des couleurs, des odeurs. De Gaston Couté à Fréhel en passant par l’Espagne et l’Argentine, elle convoque pour nous des hommes et des femmes dont les murmures nous réjouissent.

https://fr.ulule.com/mochiladora-roulettes/

**wwoofeurs

Ce sont les pratiquants du wwoofing qui vient du mot WWOOF -Working Weekends on Organic Farms ou week-ends de travail dans des fermes biologiques-Cette association œuvre pour la transmission des savoir-faire agricoles bio et un mode de vie écologiquement et socialement durable tout en faisant le lien, entre les acteurs du bio (les hôtes) et le grand public (les WWOOFeurs). C’est une opportunité pour chacun d’entre nous d’apprendre et de découvrir des techniques saines et plus respectueuses de l’environnement, par le biais de séjours actifs dans des fermes biologiques

https://www.wwoof.fr/

***Réseau repas

R comme réseau, E comme échanges, P comme pratiques A comme alternatives et S pour solidaires

C’est un réseau d’entreprises en France dans le champ de l’économie alternative et solidaire et qui expérimente de nouveaux rapports au travail, des comportements financiers plus éthiques et plus humains, de nouvelles relations producteurs – consommateurs et des présences engagées sur nos territoires.

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Envie de tester la frênaie ..

Camping le village des toiles

1 chemin du camping 17170 – La grève sur Mignon

ouvert de mai à octobre : 05 46 67 14 77 ou lafrenaie.org@gmail.com

 

 

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