Tu as vu la figue ?


Jour 1 -Aux Péranches, autour du feu

Nous roulons en direp1000103ction de la première étape de l’itinérance, jusqu’à laquelle Vincent et Noé nous accompagnent – Noé, c’est un agriculteur céréalier qui fait du « semi direct » – à la recherche d’un hameau avec pour signe caractéristique, une figue. Étant donné la courte distance de Chinon à la ferme des Péranches, les garçons se sont proposés, motivés par l’idée de découvrir le site.

Depuis la route, nous repérons une ancienne ferme avec un grand terrain devant lequel trône une magnifique yourte. Nous suivons notre intuition et en nous engageant dans l’allée nous nous retrouvons nez à nez avec la fameuse figue. À peine arrivés, Guillaume nous accueille et nous propose d’installer notre tente avant la tombée de la nuit, les garçons s’occupent du feu. Marie, avec laquelle nous avons pris contact, est occupée avec ses deux filles. La famille habite justement la figue… Nous la croiserons dans la soirée, juste le temps de nous déposer une soupe aux douces saveurs d’automne, préparée à notre attention.

La visite du site se fera demain. Nous attendons encore deux personnes pour le dîner, ils rentrent d’un week-end de mobilisation à Notre-Dame des Landes. Les rumeurs d’une expulsion imminente circulent et mettent les habitants et les résistants sous pression. Dernière en date, des chambres auraient été réservées en masse dans les hôtels environnants pour héberger les forces de l’ordre. Le week-end s’est finalement déroulé sans débordements malgré la mobilisation importante des citoyens – des bus sont même partis de Saumur et de Tours. La visite de ce site est programmée à notre retour, espérons qu’il ne sera pas trop tard. Quand l’on pense à toutes les initiatives qui ont émergé de ce mouvement, comment un gouvernement, dont le chef d’État a déclaré avoir compris le message de la COP 21, pourrait y mettre un terme ?

Histoire et petit tour des habitants des Péranches

Marie et Vincent sont p1000138arrivés en 2013. Le terrain est un héritage de Vincent composé d’un corps de ferme à l’abandon et de 7 hectares. Guillaume a rejoint la future oasis en 2015 et a démarré la construction de la première figue du genre !

Une figue, c’est un habitat léger dont la forme rappelle le fruit. Puis, un dôme a été construit dans la cour principale de la ferme pour servir tout d’abord de lieu commun, puis pour accueillir avant le début de l’hiver Ananda, Manu, leur premier enfant, Sole-Taï, et la naissance du second. Entre-temps, Guillaume a monté sa yourte et s’y est installé avec Magalie, puis leur fille, Roxane. Nous étions prévenues par Marie que leur collectif en était à ses débuts, mais on peut dire qu’avec les trois dernières naissances, la population augmente plus vite que la moyenne nationale.

 

« Nous avons commencé la création d’un mandala holistique pour définir la raison d’être du lieu. »

Habitations légères, lourde législation

Les trois habitations légères – figue, dôme, yourte – représentent selon nous un bon début, mais c’est sans conter les difficultés rencontrées avec la municipalité. « À tout moment, la mairie peut demander lp1000219e démontage des habitations. » Il faut dire que quand Marie et Vincent sont arrivés, la mairie a refusé catégoriquement l’installation de leur yourte la veille même du montage. C’est ainsi que le hangar a été aménagé. Ce n’est que pour les activités intenses de l’été, que la mairie a cédé… sur une semaine « seulement » !

L’ambiguïté, c’est qu’il est donc préférable de ne pas demander l’autorisation pour que la responsabilité du maire ne soit pas engagée. Le problème, il vient des permis de construire et des PLU. La yourte de Guillaume a donc été montée ainsi cet été. S’ils assument très bien le fait de ne pas « rentrer dans les cases », on ne peut pas dire que la situation soit confortable. Après plusieurs propositions rejetées pour rencontrer le conseil municipal, enfin, un rendez-vous est prévu à l’automne.

« Rencontrer les élus, cela veut déjà dire que les choses avancent. L’idée, c’est de leur expliquer le projet, notre mode de vie, de faire connaissance… L’objectif, c’est de passer le terrain en Zone Pastille*.

Pourtant le village de Varennes, c’est 300 habitants, sans école et sans commerces. Quelques habitants en plus, on se dit que ça ne ferait pas de mal (ndlr)…

D’ailleurs, en réponse à l’acharnement législatif des pouvoirs sur l’habitat, Guillaume a créé l’association « Habitat Libre en Poitou **». Enfin, les Péranches ont suivi un MOOC*** des Colibris pour prendre part au mouvement et devenir une Oasis de vie en 2016. Et nous alors, qui est partant pour suivre une formation de création d’Oasis ?

 

*Zone pastille

Depuis la loi ALUR, les documents d’urbanisme peuvent définir les terrains où les résidences mobiles ou démontables, constituant l’habitat permanent de leurs utilisateurs, peuvent être installées. Ces terrains sont soumis à un régime de déclaration préalable ou de permis d’aménager. Plusieurs dispositions permettent que les résidences mobiles ou démontables, qui constituent l’habitat permanent de leur utilisateur (par opposition à une utilisation touristique), soient autorisées en zones urbaines mais aussi dans les « pastilles ». Ces secteurs de taille et de capacité d’accueil limitées, prévus par le règlement des PLU dans les zones agricoles ou naturelles, sont normalement non constructibles.

**Habitat libre en Poitou

Association poitevine pour la promotion et la défense de l’habitat libre, et des alternatives de vie. Habiter léger, pour la terre, pour sa vie, consultez également le blog de Guillaume. 

*** MOOC

Massive Open Online Course est une formation gratuite, en ligne et ouverte à tous. Chacun peut travailler à son rythme de chez soi, quand les enfants sont couchés, lors d’une pause au travail, en vacances…la formation, « Concevoir une oasis » est l’occasion pour chacun de travailler sur la conception du projet de ses rêves et de disposer ainsi d’un cadre pour lancer son projet et participer activement au réseau Oasis de Colibris.La formation comporte 17 modules intégrant 25 vidéos pédagogiques, des quizz, des fiches pratiques, des études de cas…Pour celles et ceux qui ont manqué le premier MOOC, une seconde édition, enrichie de cette première expérience et de nouveaux contenus, sera lancée en décembre prochain.

 

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