Focus sur une ville qui fourmille d’initiatives…


img_2318

Melle, la belle alternative

Accueillies par Marie-Laure dans les Deux-Sèvres, nous décidons de partir à la rencontre des environs… Avec 2000 habitants, la ville de Melle a su conserver le dynamisme de son centre-ville en ne développant pas, par exemple, une zone commerciale en périphérie. Aussi, direction l’Épicerie fermière ! Marylène nous accueille et nous conseille… La conversation s’engage sur notre projet et nous décidons de revenir pour rencontrer le créateur de ce magasin de produits bio et/ou locaux qui a également quelques adresses pour nous. Le lendemain, Fabrice a déjà préparé notre arrivée et nous tend un papier… Que nenni, nous ne nous en irons pas si facilement ! Il est intéressé par notre projet et nous avons nous aussi beaucoup de questions à lui poser.

Fabrice, c’est un ancien commercial de la grande distribution… Un repenti ? Pas tout à fait. Il est entré dans le monde du travail par l’agroalimentaire et c’est un cheminement personnel et professionnel qui l’a amené à Melle et à la création de l’Épicerie Fermière. Un beau parcours qu’il nous fait découvrir…

Retour sur un travail de longue haleine

Quand il est arrivé dans les parages, il a cherché dans l’agroalimentaire, mais le développement économique de la Vendée et du Poitou-Charente, c’est le jour et la nuit. « Ne trouvant rien dans l’agroalimentaire, je suis parti dans l’idée de travailler avec mes producteurs et de créer mon propre magasin. » Il est donc allé à leur rencontre secteur par secteur. « Je n’étais pas spécialement sur le bio au départ ! » Mais entre temps, il s’est fait embauché par Paysan Bio Distribution. C’était la seule plateforme physique en p1000436France de produits bio dédiés à l’approvisionnement des lycées de Poitou-Charentes. Créée un an avant le Grenelle de l’environnement, la plateforme a été subventionnée par Ségolène Royal. Elle achetait des produits locaux et le réseau Biocoop Restauration complétait le catalogue. Cette dernière entité a finalement décidé de passer outre la plateforme, et dans le même temps, les aides sur trois ans de Ségolène Royal ont pris fin. Paysan Bio Distribution a disparu… « Mais pendant deux ans, j’ai connu tous les producteurs bio de la région et j’ai en parallèle fait une formation de création d’entreprise à la SCI de Niort. » Il y rencontre Marylène ! Avec son mari menuisier, ils avaient pour objectif d’ouvrir une boutique d’éco-matériaux à Melle.

« Nous sommes une région de production de chanvre… »

Le couple a d’ailleurs convaincu Fabrice et sa compagne, qui ont rénové une vieille longère avec de la laine de chanvre sous le toit, du béton de chanvre au sol et du chaux-chanvre aux murs ! « Je connaissais peu de monde au départ et je travaillais encore pour la plateforme. Il fallait bien que je trouve quelqu’un digne de confiance pour développer le commerce. Une épicerie fine fermait à Melle… Marylène, c’était une évidence. » Motivée, elle a trouvé le local qu’ils ont rénové ensemble. C’était il y a huit ans ! Alors qu’il a démarré avec une SARL à associé unique, Fabrice songe aujourd’hui à évoluer vers une SCOP ou une SCIC ! Et c’est l’investissement et la motivation de ses salariés qui l’encouragent en ce sens ! Entre temps et parce qu’il est plein d’énergie, il a tenté de dupliquer son concept à 30km de là, mais pas avec la bonne personne. Trouver un deuxième Fabrice, ce doit être comme de chercher une aiguille dans une botte de foin ! Mais p1000434qui sait ? Peut-être qu’à Chinon se trouve une perle rare ! Qui se motive pour développer une boutique de produits locaux et/ou bio ?!

Locaux ? Bio ?

Si son salariat lui a permis de connaître de nombreux producteurs locaux bio, Fabrice souhaite aussi encourager le milieu paysan local…

« Des magasins qui vendent des produits uniquement bio, mais qui viennent de l’autre côté de la France ou de la planète, ça me perturbe… »

Il a ainsi trouvé des légumes secs de Charente dans les Vosges, alors qu’il y en a « forcémentplus près ». Pour les producteurs comme pour les magasins, la difficulté c’est l’acheminement des produits des premiers vers les seconds. Cela prend du temps et le temps, quelque soit le secteur économique, bio ou pas, c’est de l’argent ! Et il en faut, du temps, pour que les choses s’organisent. Il a également connu les élevages locaux non bio grâce à sa compagne vétérinaire. Il donne l’exemple d’une exploitation laitière qui travaillait en conventionnel : les vaches passaient l’année dans des hangars et étaient nourries exclusivement au lin. Progressivement et grâce au travail des vétérinaires, les vaches ont été mises aux pâturages et l’exploitation a évolué vers de l’expansif !

« Là, j’ai commencé à bosser avec eux, comme un encouragement ! Et c’est ça qui les motivent à évoluer dans ce sens. Le rapport avec le producteur est tout aussi important que celui avec le client ! »

170m2, cela prend un temps fou à approvisionner, mais Fabrice nous avoue que c’est aussi ça qui rend chaque jour exaltant !

Depuis le début de notre itinérance, une conviction nous guide et se confirme : l’exclusion ne produit rien, l’ouverture est la forme la plus enrichissante des relations que nous créons… Se rapprocher des producteurs locaux, c’est aussi donner un sens à leur travail et pourquoi pas offrir de nouvelles perspectives.

Les allers et venus des clients sont rythmés par la cloche de la porte d’entrée. Certains rentrent comme chez eux et savent où aller, d’autres hésitent et demandent conseil… Fabrice a le tact et sait à quel moment venir en aide. Ca fourmille et ça se tutoie ! Entre la gelée royale et les extraits de pépin de pamplemousse, c’est l’hiver qui s’annonce… Une cliente est même venue pour « discuter à propos de l’épicerie ». Ca sent bon le projet, mais dur dur de caler un rendez-vous avec Fabrice ! Une autre raconte comment elle s’est luxé le coude… L’ambiance est aussi chaleureuse que dans la boutique de Mirebeau ! Les commerces de proximité existent et vivent ! Un dernier client repart bredouille : il trouve le Chardonnay trop cher. L’Épicerie fermière se fait en moyenne 30% de marge, alors que d’après Fabrice « la plupart des épiceries fines se font 50% ». Au début, c’est certain qu’ils ont essuyé de nombreuses remarques quant à leurs prix plus élevés que dans les commerces de la grande distribution. Il faudra du temps pour redonner aux produits leurs vraies valeurs…

Nourrir les collectivités locales

En vrai boulimique, il a par la suite répondu à un appel d’offre sur les conseils de Delphine Batho alors ministre de l’écologie et voisine de l’épicerie ! Il s’agissait de constituer des repas bio en fournissant les produits aux collectivités locales. Fabrice avait un CV tout à fait à approprié ! Ce projet devait concerner un large territoire, mais la ville de Niort a refusé. C’est donc pour la communauté de communes du Pays du Mellois que l’Épicerie fermière est devenue prestataire. De vacances scolaires à vacances scolaires, Fabrice conçoit des menus bio qu’il fait valider par les responsables de chaque cantine. Puis, il calcule les quantités, passe commande auprès des producteurs qui doivent ensuite livrer leurs produits directement. Dans ce circuit, Fabrice est un facilitateur, devenu salarié de la communauté de communes sur 18 jours de l’année.

Pour Fabrice, Melle, c’est un village gaulois ! « Les gens sont simples ici, il n’y a pas de jugement de valeurs ou physique… » Et s’il y a un lieu qui ressemble et concentre naturellement cette ambiance, c’est bien le Café du Boulevard…img_2305

Rendez-vous au Boulevard !

C’est un peu par hasard que nous avons choisi le Café du Boulevard pour travailler à Melle. C’est vraiment le vieux bar du centre ville où les Mellois se rencontrent pour prendre son café, boire un verre et même déjeuner. Ici, on propose principalement des parts de tartes. Les retraités se sentent aussi à l’aise que les actifs ! Justement, nous y retrouvons Fabrice qui attend sa compagne pour déjeuner. Elle est vétérinaire, et elle n’est pas en reste sur son métier. Chouette ! Julie aimerait beaucoup créer une ferme pédagogique pour accueillir un public jeune à Chinon. Mais ni l’une ni l’autre ne s’y connaît en animaux. Alors nous commençons par les bases…
Qu’est-ce qu’une ferme ? La possession d’un animal (bovin, ovin, caprin, porcin, volaille) suffit pour se déclarer à l’Établissement Départemental de l’Élevage. Pour Capucine, une ferme, c’est des moutons, des poules et des oies, des canards, pourquoi pas une vache, et le cochon qui mange le reste des autres. Ces animaux sont là pour fournir en œufs, lait et viande.

« C’est un cycle tout à fait naturel, les Hommes sont avant tout omnivores. »

Tout comme Fabrice, elle vit son métier avec passion. Elle a eu cependant beaucoup de mal à trouver un cabinet et des compères qui lui ressemblent. Aujourd’hui, elle travaille avec des vétérinaires qui proposent à leurs clients particuliers et professionnels homéopathie et huiles essentielles pour soigner animaux de compagnie et d’élevage. « Les éleveurs n’acceptent jamais du premier coup ! » Il faut du temps, et parfois plusieurs années avant que l’un décident d’y recourir et souvent en dernier ressort. Mais quand ça marche, que ça coûte moins cher et que ça réduit les épidémies, alors les oreilles se tendent et les esprits s’ouvrent… Elle soigne même des mammites sans antibiotique !

Agriculteur, un métier à part mais pas à parts égales

Nous connaissons les difficultés des éleveurs à survivre dans un marché qu’ils font vivre mais qui ne les nourrit pas eux. Ils font régulièrement la Une des infos… Le marchandage international ne leur laisse aucune marge de manœuvre. Il y a les normes d’hygiènes nationales et européennes, la régulation de la production par la mise en place de cotas, les subventions et leurs paperasses interminables, la dictature des prix de la grande distribution, etc. Nous comprenons un mécanisme s’appliquant à l’agriculture en général qui nous laisse sans voix ! Toute subvention ou aide exceptionnelle de l’État est considérée comme une diminution du coût de production par la grande distribution qui réclame alors une baisse des prix… Mais lorsque les coûts de production augmentent vraiment ou que les aides sont diminuées voir supprimées, les éleveurs peuvent toujours attendre et espérer une augmentation des prix à l’achat ! Avez-vous entendu parlé de faillites de grandes surfaces ? Non, et pour cause, ils s’en sortent toujours gagnants ! Produire et vendre en direct semble l’alternative la plus plausible… Elle redonne du sens à la production, préserve des surcoûts générés par les intermédiaires et rassure les clients. Un agriculteur éleveur mellois que nous n’avons pas eu le temps de rencontrer témoigne dans un article de la Nouvelle République* de son chemin vers le circuit court. Notre discussion bat son pleine, tout comme l’animation du Café du Boulevard… p1000459

1 café, 5 asso-ciés, 3 asso-ciations

Faire revivre ce café, c’était l’objectif des 3 premiers protagonistes qui ont repris l’affaire il y a 10 ans. C’était alors un café associatif qui mettait l’accent sur la culture : des expositions parfois, des rencontres philo, et surtout beaucoup de concerts ! Rien ne semble avoir changé si ce n’est qu’ils ont créé une SARL et sont aujourd’hui cinq associés avec un fonctionnement horizontal…

La ville les soutient toujours et leur octroie même des dérogations pour organiser des concerts à ciel ouvert quitte à bloquer la rue ! Parce que le Café du Boulevard, c’est aussi un espace de co-working au premier étage pour trois associations en plus du bureau de la SARL, trois structures qui font vivre le Pays Mellois ! Le Monde des p1000433Jurons organise des concerts de musique actuelle et propose des scènes aux groupes locaux. Les Arts en Boule ont quant à eux une programmation jazz, en témoigne le trompettiste grandeur nature qui survole le comptoir du café. p1000460Enfin, la BêtaPi est une association d’animation scientifique : elle propose des ateliers pour adultes et intervient des les établissements scolaires. La mutualisation de l’espace nous plait beaucoup puisque la création d’un espace de co-working à Chinon est déjà sur le tapis ! Nous n’avions pas pensé à y associer les associations. Au vu de l’incertitude qui règne à Chinon quant aux locaux communaux qui les accueillent, on se dit qu’il n’est peut-être pas nécessaire d’attendre la dernière échéance pour trouver une aternative. Nous savons que d’une part l’État se désengage de plus en plus – c’est un constat national -, mais d’autre part que la ville de Chinon souffre d’un déficit financier qui ne peut laisser croire à une compensation au niveau local. Trouver des alternatives, ce n’est pas s’extraire de la société, mais proposer une autre manière de vivre ensemble…

 

Un couple d’éleveurs mellois a choisi la vente en direct, La Nouvelle République

p1000432

Vous en reprendrez bien un peu ?

L’Epicerie Fermière / 10 avenue du commandant Bernier – 79500 MELLE / 05 49 07 32 59

Le Café du Boulevard / 2 place René Groussard – 79500 MELLE / 05 49 27 01 28

La Ferme de la Vacherie / 79500 saint Léger de la Martinière / 06.17.83.91.17 ou 06.37.83.24.50

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *